Mercredi dernier, lors d’une réunion de suivi avec un directeur d’une PME de formation professionnelle à Yverdon, j’ai réalisé à quel point le fossé de compétences numériques de base continue de coûter cher aux entreprises suisses romandes. Le B2I — Brevet Informatique et Internet — est une certification scolaire française qui évalue les compétences numériques fondamentales. En Suisse, nous avons nos propres approches. Et dans les deux cas, la vraie question pour une PME n’est pas la certification en soi, mais comment mesurer et développer les compétences numériques de ses collaborateurs concrètement. Voici mon approche après 17 ans de terrain.
Le B2I : contexte et pertinence pour les PME suisses
Le B2I français est attribué à des élèves du secondaire et valide cinq domaines de compétences numériques : s’approprier un environnement informatique, adopter une attitude responsable, créer, produire, traiter, exploiter des données, s’informer, se documenter, communiquer, échanger. Cette certification n’existe pas en tant que telle en Suisse, mais elle a ouvert un débat qui nous concerne directement : comment évaluer et certifier les compétences numériques de base dans un contexte professionnel ?
En Suisse, les référentiels de compétences numériques se développent sous l’impulsion de plusieurs acteurs : ICT-Berufsbildung Suisse (qui gère les certifications professionnelles en informatique), les hautes écoles (HES-SO, Universités) qui proposent des modules de formation continue en compétences numériques, et des certifications internationales comme ECDL/ICDL (European Computer Driving Licence) qui offrent un standard reconnu dans toute l’Europe.
Le diagnostic des compétences numériques en PME : par où commencer ?
Votre équipe vous signale-t-elle des difficultés à utiliser les nouveaux outils numériques ? Vous n’êtes pas seul. Dans plus de 60 % des PME romandes que j’ai auditées, les compétences numériques sont hétérogènes — et personne n’a cartographié précisément les lacunes.
La première étape est le diagnostic. J’utilise systématiquement une grille d’évaluation structurée en cinq domaines (calquée sur le cadre DigComp 2.2 de la Commission Européenne, adapté au contexte suisse) :
Domaine 1 — Alphabétisation informatique et données. Naviguer, chercher, filtrer des informations. Évaluer la fiabilité des sources. Gérer et organiser des données et contenus numériques. C’est le niveau B2I de base — et j’ai constaté que 15 à 20 % des collaborateurs de PME suisses présentent des lacunes significatives ici.
Domaine 2 — Communication et collaboration. Utiliser efficacement les outils collaboratifs (Teams, Slack, messagerie professionnelle), gérer les réunions hybrides, partager et co-créer des documents. Dans les entreprises que j’accompagne, c’est souvent le domaine où l’écart intergénérationnel est le plus marqué.
Domaine 3 — Création de contenu numérique. Produire des documents, présentations, données structurées. Réutiliser et adapter les contenus. Respecter les droits d’auteur et les licences. Programmer au niveau basique.
Domaine 4 — Sécurité. Protéger les appareils, les données personnelles et la vie privée. Gérer les identités numériques professionnelles. Comprendre les enjeux environnementaux de l’utilisation numérique.
Domaine 5 — Résolution de problèmes. Identifier les besoins numériques, trouver des solutions, utiliser la technologie de manière créative. Ce domaine est celui qui sépare les collaborateurs qui « subissent » le numérique de ceux qui en font un levier.
Développer les compétences numériques dans votre PME : les leviers concrets
Un fabricant de composants de précision à Neuchâtel que j’accompagne depuis deux ans a investi CHF 8’000 en formation numérique pour ses 12 collaborateurs non-cadres. Résultat : réduction de 30 % du temps passé à traiter les erreurs de saisie de commandes, et adoption en 3 semaines d’un nouvel ERP que le prestataire estimait prendre 3 mois. Voici les leviers qui ont fonctionné :
La formation courte et ciblée. Plutôt que des formations générales de plusieurs jours, des sessions de 2 à 3 heures focalisées sur un outil ou un cas d’usage précis produisent de meilleurs résultats. En Suisse romande, des organismes comme le CIFA (Centre Intercantonal de Formation des Artisans), les centres de formation des chambres de commerce cantonales, ou des prestataires privés certifiés peuvent organiser ces sessions sur site.
L’apprentissage par les pairs. Identifier les collaborateurs digitalement compétents et les positionner comme référents internes réduit considérablement les coûts de formation. Ce modèle de « digital champions » internes fonctionne particulièrement bien dans les PME de 10 à 50 personnes.
La reconnaissance des compétences acquises. Même sans certification formelle de type B2I, reconnaître et valoriser la montée en compétences numériques dans les entretiens annuels et les plans de carrière est un levier de motivation puissant.
Les certifications numériques accessibles aux collaborateurs en Suisse
Pour les PME qui souhaitent formaliser le développement des compétences numériques par des certifications reconnues, voici les options pertinentes en Suisse romande :
ECDL/ICDL (International Computer Driving Licence) : certification internationale disponible en français, reconnue par les employeurs suisses, testable dans de nombreux centres d’examen en Romandie. Le coût par certificat se situe entre CHF 100 et CHF 250 selon le module.
Les certifications Microsoft (MOS — Microsoft Office Specialist) ou Google (Google Workspace certification) : pertinentes pour les collaborateurs qui utilisent ces suites au quotidien et souhaitent valider et approfondir leurs compétences.
Pour consulter les textes de référence, rendez-vous sur PME.admin.ch.
Quelle action concrète pouvez-vous prendre dès cette semaine ? Consacrez 30 minutes à cartographier les lacunes numériques de votre équipe sur les 5 domaines DigComp. C’est le premier pas — et souvent le plus révélateur.